Henri Huet : le photojournalisme à l’honneur

En ces temps agités où les révolutions des peuples pour la Liberté s’enchaînent à une cadence effrénée, provoquant destitution, chute et exil de despotes restés bien trop longtemps au pouvoir à assujettir leurs « sujets », il me semble d’autant plus nécessaire d’effectuer, à travers l’expression de sa couverture médiatique de l’époque, un retour en arrière des plus instructifs sur un des conflits majeurs de la seconde moitié du 20ème siècle, la guerre du Vietnam.

Coïncidence des calendriers, c’est ce que nous propose actuellement l’exposition « Henri Huet, Vietnam » à la Maison Européenne de la Photographie.

Si la photo et le journalisme vous ont toujours paru – et vous paraissent toujours – tout aussi indissociables qu’indispensables, alors cette rétrospective est faite pour vous. En effet, loin de la photographie comme expression purement artistique, le photojournalisme constitue à mes yeux tout à la fois un univers unique et une discipline à part entière. Discipline corroborée par de nombreux témoignages dans le milieu de la presse, dont celui d’Horst Faas, alors directeur des opérations photographiques de l’agence Associated Press au Vietnam qui disait d’Henri Huet qu’ « il allait à la guerre comme on va au bureau, cinq jours par semaine, chaque semaine et ce pendant des années ».

Son engagement total se traduit de façon évidente au travers de ses clichés en noir et blanc saisissant les visages de la guerre sous tous les angles possibles : au cœur même des combats armés et du quotidien des soldats comme au plus près des populations civiles victimes de ces violences. Son témoignage de terrain en tant que  «photographe d’actualités » comme il aimait à se définir se situe aux confins de l’Histoire de par sa sobriété, et de l’Intime de par son respect absolu de l’humanité des êtres au cœur même de l’inhumanité de la guerre. L’ampleur de son œuvre fait partie intégrante de sa vie. Il ne fut pas seulement reporter de guerre mais bien acteur de celle-ci, immortalisant son propre pays d’origine dans la violence des armes, n’hésitant pas à braver les risques pour couvrir cet épisode historique…et nous le maintenir d’autant plus vivant dans nos mémoires.  Ses photos sont ainsi restées de véritables références pour des générations de photographes de guerre qui se sont appuyés sur leur simplicité, leur tempérance et leur sens éthique pour rejeter une approche construite du reportage photo visant la mise en scène de situations dramatiques.

Une salle de l’exposition de la MEP est spécialement dédiée aux amis photographes d’Henri Huet et présente une dizaine de leurs clichés les plus emblématiques. On y (re)découvre notamment Nick Ut, photographe vietnamien très proche d’Henri Huet, auteur en 1972 de la tristement célèbre photo de Kim Phuc, petite fille vietnamienne courant nue brulée par le napalm des bombes incendiaires américaines.

A la suite de la découverte de cette exposition « Henri Huet, Vietnam », je suis convaincue que le métier de photojournaliste en zone de conflit reste plus que jamais nécessaire dans un monde actuellement secoué par des mouvements de révolte des peuples arabes contre toutes formes d’oppression et de contrôle des libertés d’opinion et de conscience exercées à leur encontre. Tout comme les « images-témoignages » de la guerre du Vietnam rapportées par Henri Huet ont pu déclencher une prise de conscience d’une partie de l’opinion publique américaine contre cette guerre et plus largement un élan pacifiste largement soutenu par les artistes de l’époque, les reporters photographes présents pour couvrir les révolutions des peuples  en Tunisie, en Egypte et en Libye permettent d’alerter l’opinion publique internationale sur l’illégitimité de gouvernements autoritaires et dictatoriaux, encore à l’œuvre en ce début du 21ème siècle.

Aux sacrifices d’un Henri Huet et de trois de ses confères reporters Keisaburo Shimamoto, Kent Potter et Larry Burrows tués dans un hélicoptère abattu en plein vol par des tirs Viêt-Cong au-dessus du Laos en 1971 répond celui d’un Lucas Dolega, jeune photojournaliste travaillant pour l’agence européenne EPA victime d’un tir tendu de grenade à Tunis pendant la révolution tunisienne de ce début d’année 2011.

Informations pratiques :

« Henri Huet, Vietnam », Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, 75004 Paris. Du mercredi au dimanche, de 11 heures à 20 heures, jusqu’au 10 avril 2011.
A lire également : Henri Huet « J’étais photographe de guerre au Vietnam », de Horst Faast et Hélène Gédouin, éd. du Chêne, 2006.

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