Dominique A au Bataclan : l’Immortel

Je me suis finalement décidée à écrire et publier une chronique – telle une trace indélébile – du dernier concert grandiose de Dominique A, donné au Bataclan à Paris le 31 mars dernier. C’était mon premier concert de Dominique A et je dois reconnaître que je l’attendais avec impatience. Son dernier double album, « La Musique » et « La Matière », m’a d’abord beaucoup touchée, puis m’a littéralement prise aux tripes jusqu’à ne plus pouvoir me lâcher des mois après sa sortie.

« Bleu pétrole » d’Alain Bashung, en 2008, avait eu un impact du même ordre sur moi : je l’écoutais en boucle au casque dès que j’avais un instant, un moment, une soirée, une nuit…rien qu’à moi, rien que pour moi. Si je devais établir une comparaison entre les deux artistes-chanteurs à texte les plus doués de leur génération, je dirais que « Comme un lego »  m’a transpercée en plein cœur, devenant mon pacemaker maison, « Le sens » quant à lui a pris la relève (un hommage dans la continuité à « Immortels »…) en ne me quittant plus ; il est devenu mon compagnon de galère. Jusqu’au point où je me suis même demandée, en prenant ma place de concert, si ce ne serait pas trop. J’ai néanmoins eu ma réponse, venue dissiper mon doute instinctif : ce n’était pas « trop » pour moi, c’était tout simplement du pur bonheur, un vrai cadeau. Merci Dominique.

Après ma petite introduction personnelle, j’en reviens au vif du sujet : son concert au Bataclan le 31 mars dernier. En première partie, Bertrand Belin assure une prestation de haute volée, qui ne peut présager que du meilleur pour la suite et…en effet, le début du concert s’ouvre avec « Le Sens ». Dominique A ne pouvait mieux commencer pour lancer la soirée : « Aujourd’hui, braderie : j’offre tout ce que j’ai », une promesse qu’il tiendra tout au long du set. Il y pose sa voix, si fragile et si intense à la fois, sur les paroles existentielles « J’ai tout essayé j’ai pas trouvé le sens ».

Il enchaîne rapidement avec « Les garçons perdus », titre alliant force des mots et rythme compulsif. Puis « Qui es-tu », lancé par une boîte à rythme à la cadence lancinante, vient instiller le malaise d’une situation inquiétante s’il en est : « Je me retourne dans le lit, je te regarde dans les yeux : mais qui es-tu ? Mais qui es-tu ? ».

« Il ne dansera qu’avec elle » prend la suite…ou plus exactement le contre-pied de la chanson précédente, sur une mélodie romantique tout en finesse mais d’une infinie tristesse.

Puis il change du registre « sortez les mouchoirs » pour entamer « un morceau nettement plus sec » (enfin si l’on omet la boisson), « Hasta que el cuerpo aguante », un de mes titres préférés du dernier album. Il l’interprète si magistralement qu’il m’emmène à la dérive avec lui, je ne suis plus là, je ne suis plus seule. Je ne peux m’empêcher de tenter de retranscrire  ce moment fort du concert et de vous le faire partager, en postant ci-dessous la video live du concert filmée par l’équipe du Hiboo :

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Sur cette intense expérience, « La Musique » s’enchaîne, titre éponyme du dernier album, à l’écriture finement ciselée et menée de main de maître à la baguette électronique.

Le concert prend son rythme de croisière, on assiste à un live aux arrangements nettement plus rock et électro, un véritable mur de sons comparé à la version album. Dominique A, chanteur charismatique, subjugue son public par son aura mystérieuse. Accompagné de ses musiciens tout aussi talentueux que généreux, prêts à tous les efforts pour nous combler, ils déroulent un set d’une incroyable perfection. J’apporterai néanmoins un petit bémol (il en faut bien un) : j’ai été déçue par la version live d’ « Immortels », je m’attendais pour ce titre phare à un autre arrangement, plus adéquat à retranscrire toute la puissance de la chanson en public. Peut-être ma déception est-elle aussi liée au fait que ce morceau était initialement dédié au maestro Bashung, et devait figurer sur son album « Bleu pétrole »…

La mémoire (pas toute « neuve ») commence à me faire défaut pour l’ensemble des titres joués cette soirée du 31 mars 2010 au Bataclan. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il a joué une très grande partie de son double album, quelques titres de ses anciens albums comme « Le commerce de l’eau », « Revenir au monde » ou « Ses yeux brûlent », ainsi que l’inédit « Manset ».

Extraits de « La Musique », Dominique A interprète « Je suis parti avec toi », chanson obscure et hargneuse au tempo lourd…de sens, qu’il contrebalance par la suite en entraînant joyeusement le public au son de sa ritournelle estivale « Le bruit blanc de l’été », au titre tout en poésie enlevée . Il jouera également « Nanortalik », morceau électro-rock montant progressivement en puissance au rythme syncopé du clavier.

Extraits de « La Matière », « L’entretemps » et « Bel animal » contribuent à maintenir cette  tension si particulière distillée par Dominique A lors de son concert, et qui trouve une de ses premières expressions dans le titre « Sous la neige », issu de son premier album «La fossette » (auquel renvoie – inconsciemment ou non – son dernier double album). « Valparaiso », magnifique chanson présente sur le disque « La Matière », constitue un véritable hymne au voyage, thème cher à Dominique A, qui vient marquer  intrinsèquement l’ensemble de sa musique.

Les désormais classiques « Le courage des oiseaux » et « Le Twenty Two Bar » (ou « twenty tocard » pour les intimes) viendront répondre aux attentes d’un public déjà aux anges. Mais c’était sans compter sur le retour d’ « Auguri » sur la grande scène avec les immortels « Pour la peau » – phénoménale version live d’une intensité maximale où viennent  s’échouer nos plus profondes turpitudes – et « En secret », chanson sombre et violente interprétée sobrement mais magistralement en public.

Le concert et les (4) rappels successifs n’en finissent plus de nous prendre et de nous envoûter. Pour ma part, c’est sur « Hôtel Congress » que Dominique A a fait montre du summum de maîtrise et de perfection qui le caractérise. Le morceau sera mené de bout en bout jusqu’à son paroxysme – en totale apesanteur – et maintenu sous tension perpétuelle grâce au magnétisme absolu de la voix proprement habitée de Dominique A.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Pour conclure ma chronique de ce concert, je poste une vidéo en dédicace à tous les amoureux de la chanson française à texte et des mélodies épurées à l’anglo-saxonne. Il s’agit du titre « J’aimerais voir le jour tomber », filmé encore une fois par l’équipe talentueuse du Hiboo :

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Et enfin, je vous propose en lien de magnifiques photos du concert signées Joelle Niang à l’adresse dédiée sur Flickr.

A bientôt pour de prochaines chroniques,

+ Yake +

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